Etat des lieux du logement à Bruxelles

Bruxelles, comme la plupart des grandes villes européennes, est confrontée depuis de nombreuses années à une crise du logement. Dans une région où plus de 60% de la population est locataire[1], trouver un logement abordable, de qualité et répondant à ses besoins relève du parcours du combattant. Les ménages bruxellois consacrent en moyenne 35% de leur budget total au logement (charges comprises)[2]- un taux qui peut grimper jusqu’à 70% pour les ménages les plus précarisés[3].

Pour un quart des ménages bruxellois, une fois le loyer et les charges payés, il ne reste que 9 € par jour et par personne pour toutes les autres dépenses[4]. On le voit, le montant des loyers et des charges à Bruxelles n’influence pas uniquement le budget « logement » : il entraîne des renoncements aux soins de santé, des privations matérielles, sociales ou culturelles.

Selon l’OCDE, les 40 % des ménages les plus modestes n’auraient accès qu’à 10 % du marché locatif[5]. C’est précisément sur ces segments que la pression est la plus forte et l’accès à un logement digne le plus difficile.

C’est pourquoi à Bruxelles, il serait plus juste de parler d’une véritable crise du logement décent et abordable[6]

Face à cette crise, de plus en plus de ménages doivent faire des concessions sur le confort, la taille ou la situation géographique de leur logement. Résultat : une part croissante de la population vit dans des logements surpeuplés, dégradés et mal isolés. Pour les familles à faibles revenus, entrer et évoluer librement sur le marché locatif devient quasiment impossible.

[1] IBSA, PERSPECTIVES.BRUSSELS, 62% de locataire en RBC. Septembre 2024

[2] BX1. 2025. Les Bruxellois consacrent plus d’un tiers de leur budget logement. BX1.

[3] RBDH, 2024. Mémorandum 2024. Bruxelles. P.4

[4] OBSERVATOIRE DE LA SANTÉ ET DU SOCIAL DE BRUXELLES-CAPITALE, 2024. Baromètre Social, rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté et des inégalités sociales et de santé 2023. P99.

[5] DUPONT Kevin, 2024. Bruxelles: un rapport de l’OCDE montre la gravité de la crise du logement. Moustique.

[6] DESSOUROUX et al. 2016. Le logement à Bruxelles : diagnostic et enjeux. Brussels studies.

Etat des lieux de l'industrie à Bruxelles

Audi Brussels, l’un des derniers grands sites industriels Bruxellois, a fermé ses portes en février 2025. Laissant derrière lui près de 3.000 emplois directs, environ 500 emplois dans des entreprises de sous-traitance présentes sur le site et travaillant directement pour Audi, 3.000 emplois indirects liés à l’assemblage automobile ainsi que 54 hectares dédiés à l’activité industrielle. La région perd ainsi directement 20% de son emploi manufacturier. Pourtant, il y a encore quelques décennies, Bruxelles était le plus grand bassin industriel du royaume : à la fin des années 60, la région bruxelloise comptait environ 160.000 emplois industriels. En y ajoutant l’arrondissement de Hal-Vilvorde, ce chiffre atteignait les 220.000, dépassant ainsi largement Anvers (150.000) ainsi que les bassins sidérurgiques et charbonniers wallons comme Liège (100.000) et Charleroi (70.000) (Actiris, 2024 ; Vandermotten, 2009). Localisée dans un tissu urbain dense, l’industrie bruxelloise s’est spécialisée dans des secteurs tels que la pharmaceutique, le cuir, l’imprimerie, l’édition, l’automobile, ou encore la construction électrique (Actiris, 2024). L’industrie Bruxelloise comptait d’importantes entreprises internationales comme Volkswagen, 01 Philip Morris ou encore Côte d’Or.

C’est à partir des années 1960 que, comme la plupart des grandes villes européennes, Bruxelles subit les effets de la désindustrialisation. Les entreprises relocalisent peu à peu leur production à l’étranger ou dans des zonings industriels modernes situés en périphérie des grands pôles urbains, comme Vilvorde ou Hal (d’Assenza-David, 2021). Parallèlement, une hausse significative de la productivité industrielle fragilise l’emploi dans ce secteur. Ces dynamiques de relocalisation et de transformation de l’emploi industriel amorcent le déclin de l’industrie à Bruxelles, entraînant des vagues successives de licenciements collectifs et de nombreux conflits sociaux (Vandewattyne 2015).

Fermeture d’Audi Brussels : situation existante et perspectives futures

Le 9 juillet 2024, après des mois d’incertitudes et de rumeurs, la direction d’Audi Brussels a annoncé son intention de fermer le site et de procéder au licenciement des 2900 travailleurs en 2025. Depuis cette annonce, plusieurs pistes pour la reconversion le site ont été évoquées dans la presse ; le rachat par un repreneur chinois, belge, la reconversion dans le secteur des batteries électriques et de la maintenance, la création d’un centre de logistique pour pièces détachées automobile. (BX1, 05/09/2024). Bruxelles étant de plus en plus pauvre en terrains disponibles, un espace aussi vaste et stratégiquement localisé fait l’objet de nombreuses spéculations et convoitises. Le bourgmestre de Forest, Charles Spaepens a dans un premier temps déclaré sa volonté de maintenir de l’activité industrielle sur le site mais, en y ajoutant que sans repreneur, il fallait « […] penser à y amener du logement et agrandir le parc de l’Abbaye […]. Une réflexion est menée dans l’ultra-centre de Forest pour avoir du logement en plus. Dans mes prospections, il y a le parc de l’abbaye et le tirer vers Bervoets pour avoir un grand parc avec du logement et garder de l’industrie » (BX1, 23/09/2024). Pour citer un autre exemple, Alexandre Alaphilippe, représentant du collectif Bempt Vert, envisageait en février 2024 la possibilité d’y construire le futur stade de l’Union Saint-Gilloise (BX1, 15/02/2024). Il semble toutefois que depuis novembre 2024, un consensus politique et institutionnel se dessine autour d’un maintien de l’activité industrielle sur le site. Aujourd’hui, l’avenir du site demeure encore très flou. Il est pour le moment impossible de prédire avec certitude ce qu’il adviendra de cet espace tant au niveau de l’activité, du volume et du profil de la main d’œuvre. Une seule certitude, la piste d’un seul et unique repreneur pour le site n’est plus à l’ordre du jour.

Nous allons, dans les pages qui suivent, contextualiser et décrire sous différents angles le site et ses caractéristiques.

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