Impact de la pandémie de Covid-19 sur l’égalité entre les femmes et les hommes

Constats et prospectives féministes et syndicalespour un avenir juste et égalitaire

La crise sanitaire liée au COVID-19 traverse l’Europe depuis mars 2020. Ses retombées sociales et économiques affectent durement les conditions de vie et de travail des travailleuses et travailleurs. Depuis le début de la pandémie, des études au niveau mondial, européen et au niveau belge ont attiré l'attention sur le fait que la crise risque de faire reculer les gains en matière d’égalité des dernières décennies[1] et ont démontré que la pandémie touche plus durement les femmes et d’autres groupes discriminés, comme les travailleurs et travailleuses migrantes, les personnes avec des statuts précaires, les jeunes, etc… Cet été encore, l’Organisation internationale du travail (l’OIT) a averti que la période post-COVID risque d’avoir des conséquences désastreuses au niveau de l’emploi des femmes.

A Bruxelles, le Conseil de l’égalité entre les femmes et les hommes de la Région de Bruxelles-Capitale (CEFH) a publié en avril 2021, un rapport intitulé « Demain ne peut être pire qu’hier pour l’Égalité ». Les données rassemblées dans ce rapport montrent comment la crise a impacté l’égalité femmes-hommes à Bruxelles dans les domaines de l’emploi et la formation, en accroissant les inégalités et la précarité, et dans le domaine de la santé physique et psychique, en accroissant les violences masculines et machistes. Le rapport conclut que les femmes ont payé un lourd tribut à la crise socio-sanitaire.

Dans une première partie, cette analyse présente les principaux constats de l’impact genré de la crise du Covid-19 sur la situation socio-économique des femmes et des hommes. Ces constats sont décrits et analysés selon quatre thématiques: Les impacts sur les conditions de travail des travailleuses, le travail de soins non rémunéré, l’impact sur l’emploi des femmes et le sexisme et les violences masculines et machistes.

La deuxième partie de cette analyse présente des prospectives pour l’avenir et des revendications concrètes que les mouvements sociaux et les organisations syndicales devront défendre avec les employeurs et les différents gouvernements pour répondre aux conséquences négatives de la crise du COVID-19 sur les travailleuses et les travailleurs.

Le contenu de cette analyse se base principalement sur les discussions tenues en Comité Femmes Eliane Vogel-Polsky et les données du rapport du CEFH publié en avril 2021.

Précarité énergétique et hydrique : un problème aigu, surtout à Bruxelles

Impossible désormais d’imaginer notre vie quotidienne sans eau ou sans énergie. Pour boire, se laver, chauffer sa maison, préparer le repas, manger ou tout simplement recharger son GSM : nous sommes systématiquement dépendants de l’eau ou de l’énergie. L’accès à l’énergie est crucial pour pouvoir vivre dans une société moderne. L’importance de l’eau pour la vie humaine va de soi.

Malheureusement, tout le monde n’a pas accès à l’énergie et à l’eau à des prix abordables. Aujourd’hui, un Belge sur cinq a difficilement accès à une énergie abordable. À Bruxelles, la situation est encore plus extrême : 27 % des Bruxellois ont des difficultés liées au prix de l’énergie et, dans le cas des locataires sociaux, ce chiffre grimpe même à 40 %. Ce contexte a donné naissance à la notion de précarité énergétique et dans un même ordre d’idée, on peut évoquer le problème de la précarité hydrique, qui touche 15 % des Belges et plus spécifiquement 24 % des Bruxellois.

En deux mots : plus les prix de l’énergie et de l’eau sont élevés et plus le nombre de personnes en situation de précarité énergétique ou hydrique est important. C’est exactement ce qui se passe pour le moment, puisque les prix de l’énergie s’envolent. Ils ont presque doublé par rapport à l’année dernière et l’avenir laisse peu d’espoir d’amélioration : le changement climatique, l’abandon progressif des combustibles fossiles, les taxes élevées sur l’énergie, l’augmentation de la demande et une offre en énergie (actuellement) limitée forment un cocktail dangereux, susceptible de pousser une grande partie de la population dans la précarité énergétique.

Si des recherches approfondies sur cette matière sont nécessaires, les solutions le sont encore plus. L’énergie et l’eau sont indispensables pour répondre aux besoins quotidiens (essentiels) et voir des personnes incapables de payer leur énergie est un problème grave. C’est pourquoi cette analyse commencera par brosser la problématique et son évolution, pour ensuite dégager des solutions. Chacun devrait pouvoir satisfaire sans problème ses besoins essentiels. C’est la position que nous défendons.

Réchauffement climatique à Bruxelles : qui pollue le plus, "paye" le moins

Les conditions météorologiques extrêmes deviennent la nouvelle norme !

Les inondations de la mi-juillet 2021, consécutives à de fortes précipitations dans la province de Liège, ont marqué les esprits à cet égard. En Europe, les averses intenses comme celles que nous avons connues, ainsi que les vagues de chaleur et les sécheresses, deviendront malheureusement plus fréquentes. Et même si la météo est une chose très complexe, les climatologues s’accordent à dire que ces conditions météorologiques extrêmes sont le résultat du réchauffement de la planète.

Limiter le changement climatique autant que possible est une chose. Pouvoir se protéger contre des conditions météorologiques extrêmes de plus en plus fréquentes en est une autre.

Comment les différents habitants de Bruxelles vont-ils réagir au changement climatique et aux conditions météorologiques qui l’accompagnent ?

"Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée" : utopie de travail ou énième pari de lutte contre le chômage ?

Le projet de « Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée » (TZCLD) a déjà fait couler beaucoup d’encre. Les réunions, groupes de travail, colloques, études et autres déclarations d’intention ne se comptent plus à Bruxelles et en Wallonie, depuis les dernières élections fédérales et régionales de 2019.

A l’origine, un projet innovant porté en France par ADT Quart Monde et Patrick Valentin, engagé depuis plus de trente ans dans l’économie solidaire. Il s’agit de permettre, sur un territoire déterminé, à un chômeur de longue durée de pouvoir bénéficier d’un emploi salarié en Contrat à Durée Indéterminée (CDI). Ce contrat de travail est signé avec une Entreprise à but d’emploi (EBE) qui va déterminer une activité, en concertation avec le travailleur selon ses envies et ses capacités. Le CDI est financé en partie par le coût des allocations versées par l’état, à charge pour l’EBE de dégager des bénéfices suffisants sur ses activités générées afin d’arriver à l’équilibre budgétaire.

Ethnostratification du marché du travail & Covid-19

Malgré les instruments juridiques interdisant toute discrimination et inégalités de traitement, les personnes d’origine étrangère « restent particulièrement vulnérables sur le marché du travail ».  Plusieurs études et enquêtes ont démontré que les discriminations que rencontre l’ensemble des travailleurs et travailleuses d’origines étrangères sont imputables à leur origine ethnique. 

L’ethnostratification est l’une des nombreuses conséquences des discriminations structurelles qu’on observe depuis plusieurs années sur le marché du travail en Belgique. En matière de travail, d’accès à l’emploi (de qualité), les personnes d’origine étrangère rencontrent plusieurs obstacles qui ont également fait l’objet de nombreuses analyses et enquêtes depuis plusieurs décennies.

La crise sanitaire provoqué par le covid-19 a mis en évidence plusieurs inégalités qui touchent l’ensemble du pays.  De nombreux rapports ont révélé que les groupes les plus fragilisés avant la crise sanitaire étaient les plus impactés par la crise sanitaire.  Selon l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques), « la façon dont la pandémie est vécue est très variable selon l’âge, le sexe, l’origine ethnique, ainsi que l’emploi, le salaire et les compétences. La crise aggrave également les défis sociaux, économiques et environnementaux existants».

La présente analyse a pour objectif de mettre en lumière le phénomène de l’ethnostratification, ses impacts sur le marché de l’emploi belge et plus particulièrement dans la capitale, qui est parmi l’une des plus diversifiées en termes d’origine et de nationalité.  Il s’agit de comprendre et d’ouvrir une réflexion sur l’impact de la pandémie dans une société traversée par des inégalités et discriminations sur base de l’origine dans le marché du travail.

Changer d'histoire : un défi pour demain. Rendre aux autres vivants la place qui leur revient.

Réunis à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre derniers pour une 26ème réunion de l’ONU visant à lutter contre le réchauffement climatique (la COP26), les chefs d’état présents ont de nouveau accouché d’une souris. Alors qu’ils devaient s’engager à prendre des décisions fermes pour respecter un accord de réduction des gaz à effet de serre signé il y a six ans à Paris, les quelques 200 pays réunis sont restés très en-deçà de l’objectif visant à limiter le réchauffement climatique à maximum +1,5 °C d’ici la fin du siècle.

Toutefois, alors que l’épidémie de Covid n’en finit pas de nous désespérer en jouant des prolongations interminables, l’échec de la COP26 ne semble ni inquiéter, ni révolter outre mesure la majorité silencieuse qui n’a qu’un rêve en tête : reprendre une « vie normale ». Si cette envie est certes légitime, elle est aussi - d’une certaine manière - dangereuse. Car les problèmes environnementaux qui s’invitent à la une des médias (ouragans et tornades de plus en plus puissantes, pluies diluviennes amenant des inondations catastrophiques, sécheresses et incendies massifs notamment en Australie et en Californie, etc.) ne vont pas disparaître comme par magie, juste en fermant les yeux. Or, en rêvant juste de reprendre une vie normale, on fait mine d’ignorer que les crises environnementales qui nous frappent (avec le réchauffement climatique ou l’épidémie de Coronavirus) sont en grande partie liées à la « vie normale » dans un système, le capitalisme, qui nous invite à consommer toujours plus de tout et de n’importe quoi, sans jamais nous soucier des conséquences pour autrui. C’est pourquoi les discours anti syndicaux fleurissent au moment même où les conditions de travail d’innombrables salariées se dégradent. De même, c’est dans l’indifférence générale que l’exploitation excessive des « ressources naturelles »  et autres « matières premières » va s’accélérant, détruisant chaque jour davantage la biodiversité dans l’indifférence générale.

S’il en est ainsi, ce n’est pas parce que nous sommes méchants ou indifférents au sort du monde, mais plutôt parce que nous avons reçu une éducation collective biaisée par des a priori culturels et identitaires qui nous illusionnent quant à notre place dans ce monde. Façonnée par les générations qui nous ont précédés au cours des siècles précédents, la culture moderne (qu’elle soit de gauche ou de droite) repose en effet sur un paradigme tout puissant : l’être humain serait une espèce à part, située loin au-dessus des autres grâce à son intelligence qui lui permettra toujours d’innover et d’imaginer des solutions afin de surmonter n’importe quel défi. Alors, pourquoi s’en faire ?

Qui vole un boeuf rend un oeuf

Après des premières révélations en 2018, le collectif allemand de journalistes d'investigation CORRECTIV, en collaboration avec 16 autres médias internationaux (BBC, Le Monde, De Tijd…), révèle que les fraudes liées à la taxe sur les dividendes auraient coûté non pas 50 mais bien 150 milliards € à plusieurs Etats de l’Union européenne ces 20 dernières années, dont plus de 7 milliards € pour la Belgique. Malgré quelques mesures prises par les autorités fiscales dans différents pays, faute de réelle volonté politique, il semble bien que ces opérations frauduleuses se poursuivent à l’heure actuelle.

Au-delà de ce scandale, une analyse des comptes nationaux montre que la taxe des dividendes rapporte beaucoup moins qu’on pourrait le penser. En effet, la taxe sur ces revenus est en théorie de 30% en Belgique (comme dans d’autres pays), mais en réalité seul 3 ou 4% sont perçus sur ces revenus.

Il est urgent d’agir pour mettre fin à cette situation totalement injuste et illégitime où les revenus du capital sont beaucoup moins taxés que les revenus du travail. Pour ce faire, renforcer les moyens humains et financiers pour la lutte contre la fraude fiscale, concrétiser une réforme fiscale radicale, et Sanctionner lourdement les banques et les fraudeurs constituent des premières étapes nécessaires.

La précarité hydrique en Wallonie : Etat des lieux et pistes de solutions

Le constat est sans appel : la précarité a tout simplement explosé au cours des dix dernières années. Un simple coup d’œil sur les statistiques des Centres publiques d’action sociale (CPAS) suffit à donner le vertige. Depuis 2009, le nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale (RIS) a tout simplement explosé, augmentant de 67 %. La hausse est même encore plus marquée en Wallonie, où le nombre de bénéficiaires du RIS n’est pas loin d’avoir doublé.

L’eau est un bien essentiel pour vivre et pouvoir vivre dignement.

Malgré cela, ce n’est que depuis 2010 que les Nations Unies ont consacré le droit à l’eau potable et à l’assainissement comme droit humain fondamental. Plus récemment, elles y ont consacré spécifiquement un de leurs 17 objectifs du développement durable (ODD).

L’OCDE a publié en mai 2020 un important rapport sur son financement et la Commission européenne, dans le cadre du Green Deal, appelle à repenser sa place dans les différentes politiques européennes.

Le Code de l’eau, dans son article 1er, affirme que l'eau fait partie du patrimoine commun de la Région wallonne. Il précise aussi que « toute personne a le droit de disposer d'une eau potable de qualité et en quantité suffisante pour son alimentation, ses besoins domestiques et sa santé. Les prélèvements d'eau et les rejets d'eaux usées qui sont effectués pour l'exercice de ce droit ne peuvent mettre en danger les fonctions naturelles et la pérennité de la ressource. »

Dans la DPR 2019-2024, le gouvernement wallon énonce que « l’eau est un bien vital pour les citoyens dont l’accès doit être garanti à tous. » et fait de la précarité hydrique une préoccupation de la législature en prévoyant que « Le gouvernement utilisera au mieux les moyens du Fonds social de l’eau et permettra à davantage de citoyens d’en bénéficier (notamment pour poursuivre l’amélioration des installations d’eau dans les logements). Il amplifiera l’accompagnement des ménages en difficultés de paiement, en collaboration avec les distributeurs et les CPAS. Les missions des tuteurs énergie seront élargies à l’eau. Le placement de limiteurs de débit de l’eau ne sera autorisé qu’après avis du CPAS. Ces mesures ont comme objectif d’éviter les coupures d’eau, prévenir la limitation de débit et assurer une fourniture minimale. »

Le maintien du secteur de l’eau dans la sphère publique est, selon nous, le garant principal de la conservation de ce patrimoine commun et de l’accès universel à cette ressource vitale. Ce secteur ne peut donc faire l’objet d’aucune marchandisation, comme c’est le cas actuellement dans le secteur énergétique, libéralisé et soumis à la loi du marché et ses dérives.

Quand le socialisme s'écrivait au pluriel

« Nous vivons une époque épique, et pourtant nous n’avons plus rien d’épique. »

Ces mots, couchés sur le papier par le chanteur anarchiste Léo Ferré (1916-1993), n’ont pas pris une ride depuis qu’ils ont été enrobés de musique, il y a un demi-siècle environ. À l’heure des tablettes et smartphones, l’impression d’avoir un cerveau de rechange à portée des doigts a beau nous gorger du sentiment de tout savoir, nous n’en sommes pas moins perdus dans le brouillard épais de l’histoire. En accaparant continuellement notre attention par d’infinies et brèves sollicitations, les écrans nous confinent dans un univers d’immédiateté où l’instant enfle et gagne tellement en importance que le sens des perspectives s’étiole et se brouille. Qu’est-ce qui relie hier à aujourd’hui ? Savons-nous ce que nos modes de vie doivent aux générations passées ? Nous qui pensons souvent que les idéologies sont fanées, avons-nous seulement en mémoire la manière dont elles ont jadis fleuri pour façonner nos démocraties ?